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Avec « Art Maid », Karine Marenne s’invite chez les collectionneurs. Renouant avec la performance de « We love Art » (2006), qu’elle surpasse, elle nous embarque dans une partie de Cluedo géant, une enquête pour adultes, dans le microcosme de l’art contemporain, sous couvert de séances de ménage très particulières.

Une soubrette-artiste culottée offre ses services de nettoyage à des collectionneurs d’art. Elle pénètre dans l’intimité de la collection, les plumes de son plumeau virevoltant sur les installations, son seau et « ballet » envahissant les pièces, un appareil photo en guise de chiffon à reluire. A quatre pattes au sol, Karine Marenne nous interpelle sur la « position » sociale de l’artiste, les rapports entre collectionneur, œuvre d’art et artiste, tout en évitant les écueils de la caricature facile. L’artiste-soubrette n’est pas à la solde du collectionneur, car à collectionneur, collectionneur et demi : Karine Marenne devient « collectionnophile », rétablissant l’équilibre dominant-dominé qui régit les relations acheteur-acheté.

Soubrette-doll, Karine Marenne incarne une femme-objet, objet d’art parmi les œuvres d’art. Mais ce rôle ne dupe personne, car Cendrillon, simple souillon, sublime de son chiffon la performance d’une artiste résolument néo-féministe. Car Karine Marenne habite sa photo-performance et entraine le collectionneur, s’il le souhaite, à participer de la mise en scène, devenant lui-même objet de sa propre collection. Entre fantasme sado-masochiste et conte d’une princesse des temps moderne, Karine Marenne poursuit son « œuvrage », fabriquant au point de croix une nouvelle mythologie où les contours des acteurs et de l’art se dessinent au gré des questionnements.

Karine Marenne use un peu plus encore dans « Art Maid » de la puissance évocatrice de son univers kitsch et bariolé. Ici encore, l’immédiateté du plaisir d’un bonbon qui fond sur la langue cède rapidement la place à un goût doux-amer, un malaise qui laisse deviner une réalité bien plus complexe. Les codes simplistes de la soubrette soumise, l’imagerie désuète, forcent le spectateur à participer de l’enquête sociologique à laquelle Karine Marenne l’invite. Qui est qui ? Qui fait quoi ? et Pourquoi ? Toutes ces interrogations, l’artiste les laisse en suspens, car cette enquête, qui est sienne également, n’est pas close, les questions demeurent sans réponse. Elle nous ramène ainsi à la nécessité de sans cesse s’interroger sur soi, sur son milieu. Ne laisser aucun répit aux évidences.

Et oui, cette enquête est bien la sienne. Sans doute son œuvre la plus dense, Karine Marenne s’exhibe tout entière dans « Art Maid ». Dans ce travail profondément autotélique, elle revient aux fondamentaux de l’artiste-artisan. Karine Marenne retrouve ses pinceaux et crayons, imprimant une dimension inédite à sa recherche artistique. Le contraste de dessins arrachés d’un carnet, façon storyboard, et l’hyper contemporanéité de la photo-performance nous rappelle tout l’engagement et le savoir-faire dont doit faire montre l’artiste. Karine Marenne s’approprie tout l’espace de la « Slick Art Fair Brussels » dans un woman solo show, présentant sur le stand de la Dubois-Friedland Art Gallery dessins, vidéo et broderies au point de croix…

Avis aux collectionneurs intéressés par une séance-photo : à ce jour, la soubrette-Karine Marenne poursuit ses activités, sa quête d’œuvres d’art à dépoussiérer.  Mais il ne faut pas s’y tromper, derrière le nuage de poussière qu’elle risque de soulever, Karine Marenne dévoile, dans une tornade bigarrée, bien plus que des objets. Elle révèle de nouvelles pistes, les chemins cachés à un regard renouvelé sur l’art et ses comédiens.

Caroline Spindler

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